Archive de l’étiquette hydroponie

ParRémi Declerck

Les fermes verticales

La population mondiale a doublé en 45 ans en passant de 3,6 (en 1970) à 7,3 milliards d’humains (en 2015). Durant les 20 prochaines années la barre des 9 milliards pourrait être dépassée. Cette population se concentrant majoritairement dans les villes, de nouveaux systèmes de productions de fruits et légumes voient jour afin d’optimiser et professionnaliser l’agriculture urbaine.

La ferme verticale est un de ces nouveaux systèmes. Elle permet de maîtriser tous les paramètres de culture et d’économiser le territoire. Les plantes sont produites en hydroponie, à l’intérieur d’un bâtiment ou d’une serre, de façon étagée et le plus souvent avec un apport artificiel de lumière. Cette technique permet donc de garantir une production constante tout au long de l’année. Néanmoins, elle nécessite une consommation de matière première importante lors de la construction et les matériaux sont bien souvent issus de ressources non-renouvelables. De plus, les coûts de production sont encore très élevés malgré l’utilisation de la technologie LED qui permette d’économiser beaucoup d’énergie pour l’éclairage artificiel.

Gembloux Agro-Bio Tech expérimente cette technique de production afin de la rendre plus performante et plus durable. Divers travaux de recherche sont notamment en cours pour remplacer les engrais de synthèse des solutions nutritives par des engrais biosourcés issus de l’aquaculture.

Aux quatre coins du monde, des architectes, des citoyens, des entrepreneurs et des scientifiques imaginent et développent des fermes verticales pour répondre aux besoins spécifiques de leurs régions.

En voici quelques exemples :

Présentation des fermes verticales par l’émission Futurmag, diffusée sur ARTE en septembre 2014
(Interview de l’architecte Vincent Callebaut et présentation des systèmes japonais)

Le centre d’expertise Brightbox aux Pays-Bas (collaboration universitaire et entreprises)

Le business model de Cubic Farming en Amerique du nord

Les recherches menées à l’Université de Nottingham en Angleterre

ParRémi Declerck

Nourrir la planète

Le Professeur Haïssam Jijakli a rédigé une carte blanche sur le thème « Nourrir la planète » pour le journal de l’ULg « Le 15ème du mois ».

Dans cet article, il rappelle le concept de “Planetary Boundaries” qui permet de comprendre jusqu’où l’homme peut aller dans la transformation des écosystèmes qu’il opère avant de les bouleverser de manière irrémédiable, rapide et très dangereuse pour la survie de l’espèce.

Estimates of how the different control variables for seven planetary boundaries have changed from 1950 to present. The green shaded polygon represents the safe operating space. Source: Steffen et al. 2015
Estimates of how the different control variables for seven planetary boundaries have changed from 1950 to present. The green shaded polygon represents the safe operating space. Source: Steffen et al. 2015

L’activité agricole est étroitement liée aux quatre paramètres dépassés ou en voie de l’être (voir illustration ci-dessus). Elle est donc en danger alors que nous savons qu’il faudra nourrir 9,6 milliards d’êtres humains en 2050 et que les fourchettes qui les nourriront, à ce moment-là, seront à 80 % citadines.

Parmi les solutions envisagées, l’agriculture urbaine contribuera à relever les défis actuels et futurs évoqués ci-avant. Elle produit déjà plus du tiers des denrées agricoles consommées mondialement, mais est essentiellement concentrée dans les pays en voie de développement. L’augmentation de sa contribution dans nos pays développés passe par la mise en place d’une production citadine locale sur des surfaces non conventionnelles (agriculture hors-sol) incluant les lieux de travail et d’habitation. Cette production urbaine doit développer des techniques visant l’optimisation de l’utilisation des ressources et l’intégration dans son cycle des déchets et excédents de la ville. Au laboratoire de phytopathologie intégrée et urbaine de l’ULg, nous participons activement au déploiement de l’agriculture urbaine en développant des dispositifs de production alimentaire adaptés.

Le premier dispositif de production alimentaire issu de nos recherches et qui sera commercialisé via une spin-off de l’ULg en 2016 est une étagère permettant de cultiver chez soi et en toutes saisons des légumes (laitues, tomates, etc.), des fruits (fraises) et des plantes aromatiques (basilic, persil, etc.).

Indoor farm - Japan - Shigeharu Shimamura GE
Indoor farm – Japan – Shigeharu Shimamura GE

Cette étagère est éclairée par des lampes LED, contrairement aux grands modèles industriels mis en oeuvre au Japon, il occupe une surface au sol inférieure à 0,25 m². La technique utilisée est celle de la culture hydroponique, hors sol, dont la croissance optimale est assurée par un courant d’eau circulant en boucle fermée et contenant uniquement des éléments nutritifs biosourcés. Simple d’utilisation (changer la solution nutritive épuisée deux fois par mois) et sans salissures (pas de terre), elle permet par exemple de produire deux laitues et une plante de basilic par semaine et, dans le même temps et en continu, une diversité de cinq plantesaromatiques (persil, ciboulette, romarin, etc.). Elle répond donc aux critères d’utilisation parcimonieuse des ressources par le plus grand nombre, tout en étant adaptée à un environnement urbain souvent exigu. Notre étagère hydroponique sera présentée en avant-première à l’exposition universelle de Milan*.

Le Pr Jijakli donnera une conférence sur la thématique de l’agriculture urbaine, le 23 juin à l’Exposition universelle de Milan, lors de la semaine Wallonie-Bruxelles.
*Le Pr Jijakli donnera une conférence sur la thématique de l’agriculture urbaine, le 23 juin à l’Exposition universelle de Milan, lors de la semaine Wallonie-Bruxelles.

Le pavillon belge met en avant le chocolat, la bière, le diamant, … et l’aquaponie. Cette technique de production de poissons et de plantes fait l’objet de nombreuses recherches au sein de Gembloux Agro-Bio Tech.

>> Reportage vidéo RTBF

Parallèlement, nous venons de créer le Centre de conseils en agriculture urbaine (C-CAU) dont l’ambition est d’accompagner les institutions publiques, le secteur immobilier, le secteur de la construction et les architectes (paysagistes) dans la conception, l’étude et la réalisation de projets intégrant l’agriculture urbaine. Ainsi, nous espérons que ces activités de conseils menées conjointement avec le développement de dispositifs de production alimentaire permettront d’accélérer le changement des villes puisqu’elles touchent l’ensemble des acteurs clés de celles-ci : le secteur immobilier qui est le principal propriétaire de surfaces urbaines, les bureaux hébergeant surfaces et travailleurs, les autorités publiques et les particuliers vivant en ville, les secteurs de l’Horeca et de la distribution qui transforment et distribuent la nourriture.

Retrouvez l’article dans son intégralité sur le15ejour.ulg.ac.be

AL.